Rencontre déroutante sur le pas de La Porte

« C’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. »
La Porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredás, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tout les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle. Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile. Quels secrets se cachent derrière la porte ?
~ La Porte, de Magda Szabó – Le Livre de Poche
>> fiche livraddict

Si je devais ne décrire ce livre qu’avec un seul mot, je dirais qu’il est profondément déconcertant. Je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas, mais ce fut sans aucun doute une expérience toute particulière !

Avant toute chose, c’est le style qui déroute. Composé de juxtapositions de phrases courtes, simples, tournées à la première personne du singulier, il donne une impression de flot continu de la pensée, comme si la narratrice nous transmettait son témoignage sans filtre ni détour. La sensation à la lecture est assez étrange : on a l’impression d’être en même temps plongés dans l’intimité du personnage et témoins détachés des événements.

Face à ces événements d’ailleurs, la narratrice elle-même paraît complètement en retrait : le centre de l’histoire, le cœur du livre, c’est Emerence. Femme de ménage, gouvernante, tantôt si ignare et tantôt sage, Emerence est un personnage qu’on ne rencontre probablement qu’une fois dans sa vie de lecteur. Avec une force de caractère et une ténacité toute particulières, elle parvient à s’occuper de tous en tenant le monde entier hors de son existence, devant le pas de sa porte. Petit à petit, elle fera de la narratrice le centre de son propre monde, dans une relation dont elle seule connaît les règles

Au fil de l’évolution de cette relation, le récit amène à se questionner sur cette frontière ambigüe entre amour et haine, avec la dépendance quelque part entre les deux, sur l’importance de ce que l’on partage et de ce que l’on garde pour soi, sur le mal que l’on peut faire en ne voulant que le bien… Régulièrement au long de ma lecture, je me suis demandée pourquoi je le continuais, pourquoi je poursuivais cette lecture dont je ne comprenais pas les personnages. Pourtant, page après page, Emerence s’est obstinée à me fasciner, et en refermant ce livre j’ai compris que, bonne ou mauvaise, cette lecture a la capacité de faire bouger quelque chose en chacun de nous.

Si jamais vous avez l’occasion, tentez donc cette expérience de lecture si particulière, je serai vraiment curieuse d’en discuter avec vous !

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