Les Tambours du dieu noir : coup de génie dans le bayou

Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises. Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.
[suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire]
~ Les Tambours du dieu noir, de P. Djèli Clark – L’Atalante
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Peut-on être exalté, ému, emporté par un texte d’imaginaire de moins de 150 pages ? S’il faut encore prouver que oui, cet ouvrage le fait avec brio.

L’auteur propose pourtant quelque chose d’ambitieux : 144 pages pour mettre en place deux nouvelles, deux univers complètement distincts, avec leur passé, leurs personnages, leurs intrigues à part entière. Et pourtant, tout fonctionne. J’ai été happée dès le début par cette Nouvelle-Orléans aux accents steampunk, habitée par une mythologie issue de croyances africaines et vaudou que je suis maintenant d’autant plus curieuse de découvrir davantage ! Les personnages sont profondément convaincants, travaillés, tout en nuance, et je me suis particulièrement attachée au duo principal. Quant à l’intrigue, loin du scénario linéaire que l’on retrouve souvent en nouvelle, elle parvient au contraire à nous promener de rebondissement en révélation de manière haletante !

Même constat pour la seconde nouvelle, dont j’ai beaucoup aimé le côté très policier, avec une enquête particulièrement intriguante. L’univers est là encore d’une extrême richesse, exploitant cette fois-ci les légendes des djinns. Je ne suis certainement pas la seule à avoir voulu encore un peu de ces enquêtes du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, puisqu’une seconde nouvelle lui est consacrée, ainsi qu’un roman qui me tente énormément – mais suis-je la seule à également penser que ça serait le contexte rêvé pour une aventure de jeu de rôle ?

Les Tambours du dieu noir, c’est donc pour moi une double réussite ! Je fais maintenant confiance à l’auteur les yeux fermés, et je n’ai qu’une hâte : découvrir ses autres textes sans plus tarder !

Le Chien du Forgeron : quand l’animal fait la légende…

Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.
Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête à vous narrer n’est pas celle que chantent les bardes. Elle n’est pas celle que l’on se raconte l’hiver au coin du feu. J’en vois parmi vous qui chuchotent, qui hésitent, qui pensent que je cherche à écorner l’image d’un grand homme. Pourtant vous entendrez ce soir l’histoire du Chien. L’histoire derrière la légende. L’homme derrière le mythe.
Approchez, approchez ! Venez écouter le dernier récit d’un homme qui parle trop…
~ Le Chien du Forgeron, de Camille Leboulanger – Argyll
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Qu’il est bon de se lancer dans une lecture sans rien savoir de ce qu’on va y trouver… Pour celle-ci, j’y suis allée juste pour sa sublime couverture et quelques mots-clés glanés dans le résumé au dos, et je n’ai pas été déçue !

Il s’agit d’un récit particulièrement déroutant. Racontée par la voix de celui qui l’a connu dans l’ombre (et dont on apprendra peu à peu l’identité), on découvre ici l’histoire du Chien du Forgeron, de sa naissance à sa mort, de son premier nom à celui qui fit sa légende. C’est un style de narration que j’aime beaucoup, celle du personnage qui, à l’occasion d’une veillée, se met à conter à son auditoire auquel est intégré le lecteur ; et dans ce roman-ci j’ai été particulièrement happée par le conteur et par son histoire.

D’ailleurs, tout au long du récit, ce conteur ne cache pas son désamour pour celui dont il conte la légende : ce récit n’est pas fait pour être une légende. Ce n’est pas l’épique destin d’un homme légendaire, ni la tragique destinée d’un anti-héros déchu. Ça n’est pas même « l’histoire derrière la légende », comme on présente souvent les côtés plus sombres d’un personnage. C’est la réelle déconstruction du mythe : le Chien du Forgeron n’a pas une once de bien en lui, mais une animalité féroce, qui ne laisse que peu de place à l’humain.

Au fil du roman, on observe donc le déchaînement de cette bête furieuse. Peut-elle se lier à celles et ceux qui l’entourent ? Détient-elle autre chose que douleur et destruction ? A-t-elle réellement une place dans ce monde ? Dans la narration en elle-même, peut de choses autres que les faits sont racontés, et l’histoire avance parfois plutôt vite. Mais ce roman amène à questionner beaucoup de choses, à lire entre les lignes, à prendre du temps dans sa lecture. Et s’il demeure impossible de s’attacher à ce personnage, j’ai quand même versé une larmichette à la fin…

Je savais vaguement que Cúchulainn, le Chien du Forgeron, était un personnage de la mythologie celtique. Je pensais aller me renseigner davantage sur lui pour étoffer ma lecture, mais ce fut une expérience si singulière que je n’ai pas voulu m’en détourner l’esprit. Je vous la conseille vivement si vous cherchez des romans qui déroutent, et je suis comme d’habitude curieuse d’avoir vos retours si vous tentez l’expérience !

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