Mystère au coeur des brumes : Mexican Gothic

Après avoir reçu un mystérieux appel à l’aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu’elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.
Avec ses robes chic et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place aux soirées mondaines de Mexico que dans une enquête de détective amateur. Elle n’a pourtant peur ni de l’époux de sa cousine, un homme à la fois troublant et hostile, ni du patriarche de la famille, fasciné par son invitée… ni du manoir lui-même, qui projette dans les rêves de Noemí des visions de meurtre et de sang.
Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd’hui, Noemí découvre peu à peu d’effrayantes histoires de violence et de folie.
~ Mexican Gothic, de Silvia Moreno-Garcia – Bragelonne
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Ce livre a longtemps attendu dans ma pile à lire pour le moment le plus opportun. Entre une fin octobre halloweenesque et un début novembre brumeux et pluvieux, ce moment est enfin arrivé, et j’ai bien fait d’attendre puisque je me suis régalée !

J’ai été conquise dès la première page. L’ambiance est brumeuse à souhait, mystérieuse bien comme il faut, le huis-clos de High Place est aussi étouffant que fascinant ! J’adore ces ambiances, et je me suis prise au jeu de tenter de déceler, aux côtés de Noemí, les personnages de confiance et les éléments dont se méfier…

J’ai particulièrement apprécié l’hommage fait au genre du fantastique, où le doute plane toujours un peu et où la frontière entre le réel et le cauchemar semble fragile. J’ai aussi aimé repérer quelques clins d’œil à Lovecraft, non pas dans le propos en lui-même, mais dans la narration, avec une manière toute particulière d’apporter certains éléments (pas facile d’en dire plus, il faut que vous gardiez la surprise !), sans pour autant oublier un petit pied de nez aux tendances racistes de l’auteur…

Côté personnages, j’ai apprécié la galerie qui nous est présentée, certes parfois un peu caricaturale, mais qui à mon avis contribue à faire de High Place un endroit particulier, comme s’il était impossible là-bas de ne pas sombrer dans les extrêmes… Noemí est une jeune femme pleine de nuances, qui oscille entre force pragmatique et doute grandissant. Quant au dénouement, même si je m’attendais forcément à une apogée de noirceur et d’horreur, je dois avouer qu’elle a très bien fonctionné sur moi, et que les révélations finales ont su faire leur petit effet, tandis que je lisais, le soir, à la nuit noire…

Je reconnais que l’ensemble reste assez linéaire, mais justement : sans chercher à révolutionner les genres, ce roman reprend beaucoup de codes, les place dans un récit convaincant et ajoute une pointe de modernité, pour un résultat diablement efficace. On m’a promis un récit gothique fantastique, et j’ai eu exactement ce que je voulais : cette lecture fut donc une grande réussite pour moi !

La Passeuse d’histoires, entre voyage et déception

Jaya, une journaliste new-yorkaise, bouleversée par une troisième fausse couche et le délitement de son mariage, embarque dans un inoubliable voyage en Inde à la recherche de son histoire familiale troublée. Émerveillée par ce qu’elle y découvre, Jaya apprend tout ce qu’elle peut sur la culture du pays. C’est en rencontrant Ravi, ancien servant et confident de sa grand-mère Amisha, qu’elle va en apprendre plus sur son histoire familiale. Le vieil homme lui racontera la vie d’Amisha sous l’occupation britannique, de son mariage arrangé à son histoire d’amour impossible avec un lieutenant britannique. Il lui parlera également de l’école anglaise où, malgré les interdits de l’époque, elle enseignait l’écriture, elle qui adorait raconter et écrire des histoires pour ses enfants… À travers l’histoire déchirante de sa grand-mère, modèle de résilience, Jaya se découvre une force que, jusque-là, elle n’avait jamais soupçonnée.
~ La Passeuse d’histoires, de Sejal Badani – Éditions Charleston
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Ce livre avait rejoint ma wish-list après le coup de cœur qu’il avait été pour Stéphanie de Pikiti Bouquine, et il a rejoint ma liseuse dès que j’ai vu une offre sur le format numérique ! J’en attendais une puissante et touchante histoire de destin de femme, un dépaysement vers l’Inde… Et j’ai malheureusement été un peu déçue.

Je n’ai rien à redire sur tout le début du roman, qui m’a plutôt convaincue. Je suis toujours adepte des narrations en multiple temporalité, et ici je me suis autant attachée à Jaya qu’à Amisha, les deux femmes faisant face à des problématiques fortes et que j’ai trouvées bien amenées.

J’ai par contre été déçue de la manière dont l’histoire d’Amisha évolue. D’abord mue par sa passion pour les mots et sa volonté de liberté, elle ne devient plus qu’éprise d’un autre homme que son mari. Assez rapidement, tout ce dont elle rêvait pour elle-même, en tant qu’individuelle et en tant que femme, disparaît au profit de cette histoire d’amour interdit. Je comprends que l’autrice n’ait pas voulu en faire un personnage foncièrement militant et révolté, mais j’ai trouvé cet effacement très dommage, et l’histoire a perdu pour moi tout son impact…

J’ai cependant apprécié le voyage en Inde que m’a permis ce roman : l’immersion était réussie, et j’ai appris nombre de choses sur la culture, l’histoire et les mœurs indiens !

Ce ne fut donc pas une complète déception, mais j’en attendais davantage et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais… J’en suis d’autant plus désolée que j’y suis plongée après un avis coup de cœur ! Et vous, avez-vous déjà suivi une recommandation coup-de-coeur qui vous a finalement déçu.e ?

Grandiose voyage dans l’imaginaire : par-delà les confins avec L’âme du chien

Croire les prophéties.
Celui qui étreint l’âme du désert, qui chevauche et détruit les mondes, n’a que peu de pitié pour ses ennemis et son peuple.
Du haut de Salabanka, la ville dorée, il s’enorgueillit du Destin que l’oracle lui a confié. Alors, quand la sibylle lui ordonne de trouver un bras droit, il s’exécute. Il lui faut un guerrier à l’âme de chien prêt à tout pour accomplir l’avenir glorieux de son maître.
~ L’âme du chien, d’Antoine Ducharme – Mnémos (Mu)
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Un premier roman qui « bouleverse les codes de la fantasy », publié dans un label qui explore les « ruptures dans le réel » ? Je dis oui, cent fois oui. Et je remercie chaleureusement les éditions Mnémos qui m’ont permis de découvrir ce court mais sublime roman.

L’âme du Chien, c’est deux personnages. Humains, ou plus vraiment. Colère et bestialité, violence, soif de combat et de sang. Leur histoire est liée par un destin commun, qui se réalisera aux frontières de ce monde que l’on distingue, trouble, éthéré, au travers de leur insaisissable relation. Épiques, ancestraux, les éléments se dévoilent un à un, mais toujours flotte cette part de mystère et d’inconnu ; et au centre, une certitude : le cavalier aux poings de colère et le guerrier à l’âme de chien.

L’âme du Chien, c’est des mots. Un style grandiose, sublime, vaporeux, où chaque mot est choisi avec soin, chaque phrase est ciselée avec art ; pour que chaque mot, chaque phrase ne contienne plus seulement un banal morceau de narration, mais une part de l’infini même de cet univers, de l’immensité de ces destinées, et peut-être d’encore autre chose. Si ce style peut être déconcertant, c’est en réalité un tableau magnifique que peint l’auteur : deux personnages pris dans la tempête des mots, des oracles et des prophéties, et la question qui les tourmente sans cesse : combattre ou abandonner ?

L’âme du Chien, c’est une expérience, une œuvre unique parmi les littératures de l’imaginaire, que chacun vivra à sa manière. Un voyage entre l’épique et l’intime, au plus près de la légende et de la prophétie, au cœur de l’humain et de ses incertitudes. La couverture rend parfaitement ces sensations particulières que je retiens de ma lecture : une bourrasque de mots, un personnage pris dans la tourmente, un récit sans cesse mouvant qui balaie tout sur son passage, et ne laisse au lecteur que des certitudes vacillantes, et de vastes questionnements. L’inéluctable l’est-il vraiment ? Un destin vaut-il vraiment le coup ? Une fois le prix payé, que retiendra-t-on ?

Je ne sais pas si j’ai réussi à rendre justice à cette pépite, mais j’espère vraiment avoir attisé votre curiosité : ce court roman ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais si vous êtes à la recherche d’une lecture hors du commun sur les sentiers de l’imaginaire, n’hésitez pas une seconde de plus, foncez.

Voyage unique dans le Désert des couleurs

Dans le désert des couleurs, chaque grain de sable est un souvenir perdu et oublié. Marcher dans les dunes, c’est voir sa mémoire s’effacer. Alors pour se protéger, l’humanité s’est réfugiée dans le cratère d’un volcan. Mais depuis quelques temps, le sable monte chaque jour le long de ses pentes. Malgré les risques, une fille qui perd ses souvenirs, un garçon porteur de mémoire et un oiseau télépathe partent explorer le désert multicolore afin de trouver une solution pour lutter contre la crue. En chemin, ils se perdront. À la fin, ils se retrouveront.
~ Le Désert des couleurs, d’Aurélie Wellenstein – Scrineo
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J’avais envie de découvrir l’autrice depuis un moment, mais j’avais toujours un peu peur de la réputation très sombre de ses écrits. Quand j’ai découvert celui-ci en librairie, il m’a immédiatement interpelée, avec un résumé annonçant quelque chose de beaucoup plus lumineux…

J’attendais donc beaucoup de ce roman, et je n’ai pas du tout été déçue. L’écriture est belle, et crée avec un mélange de simplicité et de poésie un univers tangible, aux contours assez flous mais qui se dévoilent au fil du récit. Loin d’être frustrée par la concision de la mise en contexte, j’ai au contraire adoré la place que ces étendues de sable infinies laissent aux personnages pour se développer, et les innombrables passés que l’on peut imaginer derrière chaque grain de sable.

J’ai été conquise également par les personnages qu’elle a construits : ce duo d’explorateurs dont la mission pourra peut-être sauver le peuple entier, cet humaine et ce « demi-dieu » à la nature si particulière, ce frère et cette sœur à la relation complexe… Ils ont l’infini du désert pour eux seuls, mais ce roman est presque un huis clos au cœur de leur relation, sans cesse en évolution. Au fil des souvenirs, on assiste aux conflits et aux réconciliations, aux révélations, et quelque part presque en arrière plan, à l’avancement de leur quête.

L’autrice aborde dans ce roman un certain nombre de thématiques assez fortes, du traumatisme à la mémoire, des erreurs de l’humanité à la cause animale. Pourtant, j’ai trouvé qu’elle tentait de leur apporter une forme d’apaisement. Malgré certaines scènes très fortes, particulièrement poignantes, j’ai aimé la manière dont elle est parvenue à faire apparaître cet éclat de lumière coloré au milieu de l’obscurité…

Ce fut donc une première expérience particulièrement réussie avec Aurélie Wellenstein, une expérience unique, toute en nuance et en poésie, et j’essaierai de me procurer ses autres romans. D’ailleurs, lequel me conseillez-vous ? Est-ce que vous avez aimé celui-ci ?

Un long, très long voyage : un voyage manqué…

Issu d’une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d’être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l’Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s’embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d’un Empire.
~ Un long voyage, de Claire Duvivier – Aux Forges de Vulcain (Audiolib pour la version audio)
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Ce livre a été reçu et est chroniqué dans le cadre d’un service presse : merci à NetGalley et à la maison d’édition pour leur confiance !

Le nom de Claire Duvivier commence à se faire une place sur les étagères de l’imaginaire francophone, et lorsque j’ai eu l’occasion de découvrir son premier roman, au format audio qui plus est, j’en ai bien volontiers profité !

Malheureusement, ce ne fut pas un franc succès pour moi… Il m’a fallu quelques tentatives pour réussir à entrer dans l’histoire auprès du personnage principal, narrateur au « je » qui d’ordinaire me happe très facilement. Une fois lancée, j’ai conservé jusqu’à la fin une représentation assez floue de la politique et de la hiérarchie en place, des éléments pourtant centraux à l’intrigue. Peut-être est-ce là une des raisons de ma petite déception : en fantasy, les contextes et personnages politiques sont de ceux qui me passionnent le moins… Dommage, n’est-ce pas ?

Concernant le narrateur, j’ai eu du mal à m’intéresser à lui. Tout au long de mon écoute, je suis restée assez détachée de ses troubles et questionnements personnels, ne comprenant que peu cette nécessité (dont il se justifie pourtant) de devoir parler de lui pour replacer « la Grande Histoire » dans un quelconque contexte. Je ne l’ai pas trouvé attachant, ni touchant, ni charismatique… complètement inintéressant, en somme. Le vrai personnage principal, Malvine Zélina de Félarasie, n’en était alors que plus lointain, femme forte éclipsée par la vie insipide d’un homme sans grande personnalité. Encore une fois : dommage.

Quant à l’intrigue… Quelque temps après la fin de mon écoute, je ne garde pas la sensation d’un enjeu important, et je serais même bien incapable de vous résumer le propos général du roman. En soi, ça n’est pas un élément qui me dérange, mais dans ce cas-ci il a certainement participé à ma perte d’intérêt. Ce qui m’a vraiment déçue, par contre, ce sont le retournement de situation final, sorti de nulle part, et la dernière partie faisant office d’épilogue, bien trop longue…

Peut-être qu’en découvrant ce texte au format écrit, j’aurais davantage apprécié la plume de l’autrice, et j’aurais peut-être mieux saisi l’intérêt de ce rythme lent. Je comprends la volonté de l’autrice de sortir des clichés de combats épiques, de complots machiavéliques et de secrets mystiques, et je suis moi-même plutôt adepte des récits qui sortent de cette manière des sentiers battus. Mais cette fois-ci, je suis passée à côté… Je suis d’ailleurs rassurée de voir que l’Ours Inculte semble partager mon ressenti ! Et vous, si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ? Me conseillez-vous de donner une chance aux autres romans de l’autrice ?

Les Voies d’Anubis : magie mystique et toison drue

Vraiment, pourquoi Brendan Doyle, jeune professeur californien, aurait-il refusé de faire à Londres cette conférence payée à prix d’or? Comment deviner que l’attend la plus folle et la plus périlleuse des aventures ?
Voyez plutôt : à peine arrivé, le voici précipité, par une mystérieuse brèche temporelle, dans les bas-fonds de Londres. De Londres en 1810 ! Sorciers, sectes et rumeurs de loup-garou … Et, nul doute, quelqu’un cherche à l’enlever sinon à le tuer ! Au hasard de sa fuite, Doyle régressera jusqu’en 1685 puis sera projeté dans l’Égypte de 1811 où des magiciens vénèrent encore le dieu Anubis.
Traqué, maintes fois capturé et toujours s’échappant, il cherche à corps perdu la « brèche » du retour.
~ Les Voies d’Anubis, de Tim Powers – Bragelonne
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Vous connaissez forcément ces films d’aventure du dimanche après-midi, qui entraînent leurs personnages en quête d’un trésor ancien, au travers d’un chemin parsemé d’embûches et saupoudré d’une pointe de mythologie surnaturelle… C’est exactement l’effet que m’a fait cette lecture !

Tous les éléments sont là : le personnage principal tiré de son train-train quotidien pour une expérience extraordinaire, le vieil homme et sa fortune dépensée pour un projet fou, le plan qui dérape dès le début, et les nombreuses péripéties qui s’en suivent ! J’ai adoré cette ambiance très particulière de pure aventure de divertissement : je l’ai lu en n’attendant rien de plus qu’un bon moment, et j’ai eu exactement ce que je voulais. L’intrigue apporte des éléments de voyage temporel, réécrit le mythe du loup-garou, emprunte à la mythologie égyptienne et va même jusqu’à tremper un orteil dans les eaux des manipulés génétiques et de la poésie… Un ensemble de grands écarts par lesquels l’auteur s’assure de ne pas ennuyer son lecteur !

Pourtant, vers la fin, je commençais un peu à m’impatienter d’en voir le bout… Je suis arrivée au dernier tiers sur une période où, ayant beaucoup moins de temps disponible, j’ai dû avancer dans cette lecture de manière beaucoup plus fractionnée. Je ne sais pas jusqu’à quelle proportion ç’a joué, en tout cas j’ai trouvé que la fin manquait de cohésion et traînait un peu en longueur. Tous ces éléments disparates n’ont pas vraiment été réunis dans un grand final éclatant, et j’ai finalement trouvé la présence des fameuses « Voies d’Anubis » presque trop ténue, éclipsée par le reste.

Finalement, je maintiens que j’ai passé un bon moment avec cette lecture. Elle ne m’aura pas surprise en proposant davantage de profondeur que prévu, mais elle aura malgré tout rempli ses fonctions de divertissement : si vous entrez dedans, vous saurez à quoi vous attendre !

Druide : sombres secrets au cœur de la forêt…

1123 après le Pacte.
Au nord vivent les hommes du froid et de l’acier, au sud errent les tribus nomades et au centre du monde règnent les druides. Leur immense forêt millénaire est un royaume d’ombres, d’arbres et de mystères. Nul ne le pénètre et tous le respectent au nom du Pacte Ancien. Les druides, seigneurs de la forêt, aident et conseillent les hommes avec sagesse mais un crime impensable bouleverse la loi de toutes les couronnes : dans la plus imprenable citadelle du Nord, quarante-neuf soldats ont été sauvagement assassinés sans que personne ne les entende seulement crier.
Certains voient là l’œuvre monstrueuse d’un mal ancien, d’autres usent du drame comme d’un prétexte pour relancer le conflit qui oppose les deux principales familles régnantes. Un druide, Obrigan, et ses deux apprentis ont pour mission de retrouver les assassins avant qu’une nouvelle guerre n’éclate. Mais pour la première fois, Obrigan, l’un des plus réputés maître loup de la forêt, se sent impuissant face à l’énigme sanglante qu’il doit élucider… Chaque nouvel indice soulève des questions auxquelles même les druides n’ont pas de réponses.
Une seule chose lui apparaît certaine : la mort de ces quarante-neuf innocents est liée aux secrets les plus noirs de la forêt.
~ Druide, d’Olivier Peru – Éditions Éclipse
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Ce livre est resté longtemps dans ma pàl : ce petit pavé plutôt sombre de réputation m’impressionnait, avec un petit côté horrifique peu rassurant… Finalement je me suis lancée, et tout va bien. Enfin…

J’avoue avoir refermé ce livre avec un sentiment assez mitigé. Sur certains points, c’était vraiment une excellente lecture : j’ai par exemple adoré l’atmosphère assez angoissante, qui donne presque une sensation de « huis-clos à ciel ouvert » lorsque la menace est dans les parages ! J’ai aussi beaucoup aimé l’univers en lui-même, avec ces ordres de druides qui entretiennent un lien particulier avec la forêt et mettent en place une relation touchante entre un maître et ses apprentis. La magie n’est pas réellement un pouvoir à part entière, c’est davantage quelque chose de l’ordre de l’instinct et de l’ouverture à la forêt et aux animaux ; en quelle sorte, elle m’a rappelé le Vif de l’Assassin Royal, avec une dimension plus sombre qui m’a particulièrement marquée. Quant à l’intrigue, elle apporte un côté « policier » plutôt plaisant à la trame classique de fantasy.

Pourtant, autant le début m’a happée, autant dès la moitié je décrochais déjà un peu… J’ai eu le sentiment que l’intrigue traînait en longueur, que les choses n’avançaient pas vraiment, et surtout que l’enquête initiale était complètement laissée de côté. Alors que le début tisse des liens entre la forêt et le monde extérieur, ces liens sont rapidement oubliés pour ne laisser que les druides renfermés sur eux-mêmes… Puis la grande révélation est arrivée, subitement, sous forme de récits dans le passé imbriqués les uns dans les autres et assez flous. Pouf, le mystère est levé, le problème est réglé, l’affaire est résolue. Finalement, il n’y aura pas vraiment eu d’enquête…

Je n’ai donc malheureusement pas été convaincue par le rythme de l’intrigue, défaut qui a pas mal pesé sur ma lecture. Pourtant, je n’ai pas passé un mauvais moment, puisque l’ambiance était prenante, et l’univers proposait des éléments intéressants. Je ne vous conseillerai donc que de vous faire votre propre avis si le livre vous intrigue, et je suis curieuse de savoir ce que vous en aurez pensé !

Nous partîmes 500 pour un voyage époustouflant

10 personnages, une quête, des dangers. Dans ce livre au suspense haletant, Clément Vuillier nous entraîne de paysage en paysage, au gré d’un voyage graphique muet qui fait passer le lecteur d’une jungle luxuriante à des glaciers venteux en passant par des steppes immenses, des forêts à loups, des cavernes obscures, des fougères à tiques, des déserts assoiffant, des volcans éruptant… Les héros et le lecteur s’y verront confrontés à leur destin, et devront l’affronter sans sourciller.
L’auteur s’amuse ici à malmener avec tendresse ses personnages du bout de sa plume, n’hésitant pas à éliminer les plus faibles au nom des lois de l’évolution. Peu s’en sortiront.
~ Nous partîmes 500, de Clément Vuillier – 3 fois par jour

Véritable O.V.N.I. (Objet Visuel Non Identifié), cet ouvrage a été repéré au détour d’une étagère de librairie et ramené à la maison où il a continué de m’intriguer, jusqu’à ce que je me décide à y plonger…

Sans un mot, tout en images, l’auteur nous embarque ici dans un voyage périlleux : au travers de nombreux paysages aussi grandioses que dangereux, au côté d’étranges personnages dont on ignore tout sauf l’incroyable détermination… J’ai beaucoup aimé cette ambiance graphique très particulière, qui semble peser sur les personnages sans pour autant être étouffante à la lecture.

Curieusement (ou peut-être était-ce intentionnel ?) j’ai trouvé cette lecture très ludique. Au début de leur aventure, les personnages sont au nombre de dix ; au fil des embûches, on les voit disparaître un par un… Il devient presque alors un jeu de les recompter à chaque planche pour trouver le disparu qui sera laissé en arrière dans ce nouveau paysage. J’ai aussi trouvé une certaine dose d’humour par moments, dans certaines actions des personnages…

Ma seule frustration est celle que j’ai dans la plupart des lectures graphiques : grosse lectrice de romans, j’ai parfois du mal à prendre le temps de profiter des illustrations lorsqu’il n’y a pas de mots. Ici, j’ai eu la sensation que ma lecture est passée un peu vite… Mais je m’y replongerai volontiers à l’occasion !

Il s’agit malheureusement d’un ouvrage qui n’est plus édité, donc si jamais vous le trouvez je vous encourage fortement au moins à le feuilleter, vous découvrirez que c’est une aventure qui vaut largement le détour… Et vous, quel O.V.N.I. avez-vous découvert récemment ?

Par-delà Arthur et Merlin : la légende de Morgane

Privée de son destin de reine, la demi-sœur du roi Arthur devient la sulfureuse fée Morgane et se dresse contre la tyrannie de la Table ronde et les manipulations de Merlin le fou. Écœurée par le magicien qui joue avec sa vie depuis sa plus tendre enfance, Morgane laisse libre cours à sa colère et assouvit sa soif de pouvoir envers et contre tous : son ancien maître, les hommes, leur nouveau dieu unique et l’ordre établi.
~ Morgane, de Stéphane Fert et Simon Kansara – Delcourt (Mirages)
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Les légendes arthuriennes font partie de ces sujets qui ne peuvent pas s’empêcher de me fasciner : tantôt héros anciens, tantôt puissants magiciens, ses personnages nous emportent dans des récits historiques et fantastiques, glorieux et magiques… Ces légendes ont été si souvent écrites et réécrites que certains personnages en deviennent parfaitement connus, même si bien souvent leurs contours toujours flous sont sujets à débat !

Parmi ces personnages est celui de Morgane, vers lequel je ne me suis jamais particulièrement tournée, mais que j’ai eu envie de découvrir au travers du regard nouveau proposé ici par Stéphane Fert et Simon Kansara ; et je dois dire que j’ai adoré ce qui m’a été proposé !

Dans ce récit, Arthur, les chevaliers et leur Table Ronde semblent bien lointains : Morgane est réellement le personnage central. Abusée tant par son demi-frère que par son mentor Merlin, on la voit bouillir de rage contre ce monde qui méprise si farouchement les femmes. Dans ce récit, elle est puissante, rêve d’indépendance autant que de vengeance, et n’hésite pas à se montrer aussi cruelle que les hommes. La narration, d’ailleurs, est souvent aussi crue et violente qu’elle, rejointe par un dessin sombre au style marqué.

Morgane n’est pas innocente, mais elle se bat pour ce en quoi elle croit. Elle est puissante et indépendante, mais peut se montrer cruelle quand elle en voit la justification. C’est une vision du personnage toute en profondeur et très moderne que nous proposent les auteurs, au croisement de la réécriture arthurienne et du récit féministe, qui m’a conquise et que je je vous conseille chaleureusement !

Les Tambours du dieu noir : coup de génie dans le bayou

Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises. Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.
[suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire]
~ Les Tambours du dieu noir, de P. Djèli Clark – L’Atalante
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Peut-on être exalté, ému, emporté par un texte d’imaginaire de moins de 150 pages ? S’il faut encore prouver que oui, cet ouvrage le fait avec brio.

L’auteur propose pourtant quelque chose d’ambitieux : 144 pages pour mettre en place deux nouvelles, deux univers complètement distincts, avec leur passé, leurs personnages, leurs intrigues à part entière. Et pourtant, tout fonctionne. J’ai été happée dès le début par cette Nouvelle-Orléans aux accents steampunk, habitée par une mythologie issue de croyances africaines et vaudou que je suis maintenant d’autant plus curieuse de découvrir davantage ! Les personnages sont profondément convaincants, travaillés, tout en nuance, et je me suis particulièrement attachée au duo principal. Quant à l’intrigue, loin du scénario linéaire que l’on retrouve souvent en nouvelle, elle parvient au contraire à nous promener de rebondissement en révélation de manière haletante !

Même constat pour la seconde nouvelle, dont j’ai beaucoup aimé le côté très policier, avec une enquête particulièrement intriguante. L’univers est là encore d’une extrême richesse, exploitant cette fois-ci les légendes des djinns. Je ne suis certainement pas la seule à avoir voulu encore un peu de ces enquêtes du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, puisqu’une seconde nouvelle lui est consacrée, ainsi qu’un roman qui me tente énormément – mais suis-je la seule à également penser que ça serait le contexte rêvé pour une aventure de jeu de rôle ?

Les Tambours du dieu noir, c’est donc pour moi une double réussite ! Je fais maintenant confiance à l’auteur les yeux fermés, et je n’ai qu’une hâte : découvrir ses autres textes sans plus tarder !