Nous partîmes 500 pour un voyage époustouflant

10 personnages, une quête, des dangers. Dans ce livre au suspense haletant, Clément Vuillier nous entraîne de paysage en paysage, au gré d’un voyage graphique muet qui fait passer le lecteur d’une jungle luxuriante à des glaciers venteux en passant par des steppes immenses, des forêts à loups, des cavernes obscures, des fougères à tiques, des déserts assoiffant, des volcans éruptant… Les héros et le lecteur s’y verront confrontés à leur destin, et devront l’affronter sans sourciller.
L’auteur s’amuse ici à malmener avec tendresse ses personnages du bout de sa plume, n’hésitant pas à éliminer les plus faibles au nom des lois de l’évolution. Peu s’en sortiront.
~ Nous partîmes 500, de Clément Vuillier – 3 fois par jour

Véritable O.V.N.I. (Objet Visuel Non Identifié), cet ouvrage a été repéré au détour d’une étagère de librairie et ramené à la maison où il a continué de m’intriguer, jusqu’à ce que je me décide à y plonger…

Sans un mot, tout en images, l’auteur nous embarque ici dans un voyage périlleux : au travers de nombreux paysages aussi grandioses que dangereux, au côté d’étranges personnages dont on ignore tout sauf l’incroyable détermination… J’ai beaucoup aimé cette ambiance graphique très particulière, qui semble peser sur les personnages sans pour autant être étouffante à la lecture.

Curieusement (ou peut-être était-ce intentionnel ?) j’ai trouvé cette lecture très ludique. Au début de leur aventure, les personnages sont au nombre de dix ; au fil des embûches, on les voit disparaître un par un… Il devient presque alors un jeu de les recompter à chaque planche pour trouver le disparu qui sera laissé en arrière dans ce nouveau paysage. J’ai aussi trouvé une certaine dose d’humour par moments, dans certaines actions des personnages…

Ma seule frustration est celle que j’ai dans la plupart des lectures graphiques : grosse lectrice de romans, j’ai parfois du mal à prendre le temps de profiter des illustrations lorsqu’il n’y a pas de mots. Ici, j’ai eu la sensation que ma lecture est passée un peu vite… Mais je m’y replongerai volontiers à l’occasion !

Il s’agit malheureusement d’un ouvrage qui n’est plus édité, donc si jamais vous le trouvez je vous encourage fortement au moins à le feuilleter, vous découvrirez que c’est une aventure qui vaut largement le détour… Et vous, quel O.V.N.I. avez-vous découvert récemment ?

Les Tambours du dieu noir : coup de génie dans le bayou

Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises. Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.
[suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire]
~ Les Tambours du dieu noir, de P. Djèli Clark – L’Atalante
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Peut-on être exalté, ému, emporté par un texte d’imaginaire de moins de 150 pages ? S’il faut encore prouver que oui, cet ouvrage le fait avec brio.

L’auteur propose pourtant quelque chose d’ambitieux : 144 pages pour mettre en place deux nouvelles, deux univers complètement distincts, avec leur passé, leurs personnages, leurs intrigues à part entière. Et pourtant, tout fonctionne. J’ai été happée dès le début par cette Nouvelle-Orléans aux accents steampunk, habitée par une mythologie issue de croyances africaines et vaudou que je suis maintenant d’autant plus curieuse de découvrir davantage ! Les personnages sont profondément convaincants, travaillés, tout en nuance, et je me suis particulièrement attachée au duo principal. Quant à l’intrigue, loin du scénario linéaire que l’on retrouve souvent en nouvelle, elle parvient au contraire à nous promener de rebondissement en révélation de manière haletante !

Même constat pour la seconde nouvelle, dont j’ai beaucoup aimé le côté très policier, avec une enquête particulièrement intriguante. L’univers est là encore d’une extrême richesse, exploitant cette fois-ci les légendes des djinns. Je ne suis certainement pas la seule à avoir voulu encore un peu de ces enquêtes du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, puisqu’une seconde nouvelle lui est consacrée, ainsi qu’un roman qui me tente énormément – mais suis-je la seule à également penser que ça serait le contexte rêvé pour une aventure de jeu de rôle ?

Les Tambours du dieu noir, c’est donc pour moi une double réussite ! Je fais maintenant confiance à l’auteur les yeux fermés, et je n’ai qu’une hâte : découvrir ses autres textes sans plus tarder !

Kra : curieux voyage au pays de l’Ymr

Une corneille seule n’est pas une corneille.
Une corneille ne tue jamais une autre corneille.
Dans un futur proche ravagé par la pollution, un vieil homme nous raconte qu’une Corneille nommée Dar Duchesne – la première de tous les temps à avoir porté un nom – lui a raconté ses nombreuses vies et morts au pays de Kra…
~ Kra : Dar Duchesne dans les ruines de l’Ymr, de John Crowley – L’Atalante
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Est-ce que j’aurai réellement les mots pour décrire l’expérience que fut cette lecture ? Je n’en suis pas certaine. J’espère avoir au moins les mots pour vous convaincre de lui donner une chance, vous aussi…

Le résumé en dit peu, et c’est effectivement, concrètement, tout ce qu’il y a à en dire : un corbeau raconte ses nombreuses vies, alors que l’humanité se déroule devant ses yeux… Non pas des yeux de personnage, de narrateur, mais bien des yeux de corbeau : la plupart du temps, il ne comprend pas vraiment les humains et leurs sociétés, leurs croyances, leurs concepts. Il n’est qu’un corbeau, pragmatique, curieux, et très, très âgé.

Par cette approche profondément déconcertante, tel une bourrasque de plumes et de cris, le récit aborde tant de choses ! On y parle de la vie, de la mort, de la religion et de la spiritualité, de l’évolution, du monde réel et de l’au-delà, d’un monde peut-être entre les deux. On y parle de voyage, d’identité, de famille, d’amitié et d’amour, de relations jamais vraiment définies. On y parle des humains, des corbeaux, d’autres animaux, des sociétés, des communautés. On y parle du temps, aussi, un peu, et de bien d’autres choses encore…

C’est un récit dont on suit le fil sans jamais vraiment savoir où il nous mène, mais sans pour autant pouvoir le lâcher. Par des mondes réels et imaginaires, présents et passés, il m’a emportée, fascinée, presque hypnotisée. Au travers des yeux de Dar Duchesne, le monde paraît si vaste et si étrange, et pourtant d’une simplicité singulière ! Pour finir, le roman se termine presque comme un soupir : celui qui relâche la lente tornade des nombreuses vies de Dar Duchesne, le poids de tant de choses vécues, celui qui ramène, tout doucement et un peu à contrecœur, à la vie réelle…

Si ce roman vous interpelle, n’hésitez pas, donnez-lui une chance. Lisez-le, laissez-le vous emporter et vous bouleverser. Et qui sait, peut-être vous mettrez-vous, vous aussi, à chercher le long des routes et dans les champs ce vieux corbeau à la joue blanche…

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Inspirations vagabondes

Inspirations concises : de la fantasy en moins de 300 pages

La fantasy est un genre littéraire connu pour ses pavés de 700 pages et ses sagas à rallonge. Pourtant, là aussi il y a de belles découvertes à faire en se tournant vers les récits courts et tomes uniques : voici une petite sélection de romans et nouvelles de fantasy à dévorer en moins de 300 pages !

Courte mais dense : de la fantasy qui questionne

Entre Troll et Ogre, de Marie-Catherine Daniel
Le titre dit tout : entre Troll et Ogre, qu’est-ce qui fait basculer vers l’un ou vers l’autre ? Qu’est-ce qui détermine notre nature humaine ou bestiale ? Dans un style aux accents râpeux, l’autrice explore également les liens familiaux et leur déterminisme, pour un récit de fantasy atypique qui fait du bien aux méninges.

Le Chien du Forgeron, de Camille Leboulanger
En reprenant un mythe celte pour nous en livrer une version où la légende déchante derrière son personnage central. Au fil du récit, violence et bestialité se mêlent pour créer un être à la fois adoré et paria, déconstruisant peu à peu ce qui fait la légende, et ce qui fait l’homme. (Je vous en parle davantage dans cette chronique !)

Toute en légèreté : de la fantasy qui fait rire

L’instinct du Troll, de Chris Dunyacht
Dans ce recueil de quatre nouvelles, l’auteur présente un univers trollesquo-nanesque totalement loufoque, à base de plannings prévisionnels, de notes de frais et de gestion de masse salariale… Complètement invraisemblable comme univers, pas vrai ?

La Huitième Couleur, de Terry Pratchett
Pionnière de la fantasy humoristique, la saga du Disque-Monde est un incontournable ! J’en présente ici le premier tome, mais de nombreux autres font moins de 300 pages et valent le détour, dont La Huitième Fille, si vous préférez les sorcières aux mages.

Nouvelles express : de la fantasy à picorer

Le Sentiment du Fer, de Jean-Philippe Jaworski
Ce recueil rassemble cinq nouvelles qui prennent toutes place dans l’univers du Vieux Royaume (Janua Vera et Gagner la guerre entre autres) mais qui plongent dans des atmosphères complètement différentes, montrant toute l’étendue de la plume de l’auteur. De quoi donner envie de découvrir ses autres écrits, si ce n’est pas déjà fait !

Ce qui vient la nuit, de Mathieu Ribero
Dans ce bijou d’édition, chaque page est différente pour s’adapter au mieux au texte, le tout entièrement illustré en noir, blanc et jaune. Le récit en lui-même plonge dans une atmosphère unique et troublante : une expérience à part entière ! À noter qu’une nouvelle du Sentiment du Fer a également été publiée dans ce format : coïncidence ?

Vers d’autres mondes : de la fantasy qui ouvre les portes

Père-des-Pierres, d’Orson Scott Card
Sous un air de conte breton, ce récit introduit la genèse du pierremage Ruisselet. Que deviendra-t-il par la suite ? Que sont les pierremages ? Les autres éléments ont-ils aussi leur magie ? Ce court récit (dont je vous parle dans cette chronique) donne très envie d’explorer l’univers des Mages de Westil !

Haut-Royaume : les Sept Cités – tome 1, de Pierre Pevel
Pour prolonger un peu les délices de la plume de Pierre Pevel et de l’univers de Haut-Royaume, rien de tel que cette trilogie spin-off, concentrée sur les intrigues et complots qui se déroulent au cœur de la cité de Samarande…

Mention spéciale : les Éditions 1115

Voici une maison d’édition qui vaut le coup d’œil ! Véritable Agence de Voyages Littéraires, elle propose des textes courts, nouvelles et novellas, dans un format unique (11x15cm, comme par hasard). Brouillant les frontières entre les genres, chaque récit est une nouvelle aventure dans les méandres de l’imaginaire, et chacune de mes lectures chez eux a été aussi surprenante que délicieuse ! Pour les découvrir, c’est par ici : editions1115.com.

J’espère que cette petite sélection vous aura donné envie de découvrir certains ouvrages ! Peut-être que vous aussi avez des titres courts de fantasy à nous recommander ?

Prospérine Virgule-Point : sang d’encre au pays de la ponctuation

Demi-Mot aurait pu être un village ordinaire, s’il n’était pas bâti à la limite du Texte. Jour après jour, les habitants polissent et astiquent les lettres ; ils entretiennent ces milliers de caractères qui, sans leur concours, se seraient déjà effondrés. Chez les Virgule-Point, l’aînée de la fratrie a choisi une voie bien différente : fleuriste ! Elle préfère bichonner des Trompettes à pétales plutôt que de faire prospérer l’empire des points et des virgules. Mais un événement inexplicable ne tarde pas à l’entraîner dans une spirale qui la dépasse. Et si l’avenir du village était en jeu ? Et si tout était lié à la Phrase sans fin, cette mystérieuse phrase laissée en suspens par l’Auteur ?
~ Prospérine Virgule-Point et la Phrase sans fin, de Laure Dargelos – Éditions Rivka
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Impossible de ne pas être intrigué.e par un tel livre : un joli semi-poche en hardback avec des illustrations colorées et une mise en page complètement chamboulée a effectivement de quoi attirer l’œil ! Et c’est sans compter son résumé si accrocheur…

Comme beaucoup d’autres, je n’ai pas pu résister à la curiosité, et quelle belle lecture j’ai passée ! L’univers, basé sur les mots, les lettres et la ponctuation, joue magnifiquement bien avec la langue française, sa grammaire et son orthographe. J’ai été ravie d’observer que tout au long du texte, au fur et à mesure que l’autrice distille les éléments, cet univers s’étoffe et acquiert une réelle profondeur. On ressent très bien l’histoire de ce monde, son fonctionnement économique, les différences sociales qui le traversent… Je m’attendais à quelque chose de loufoque mais assez simple, et l’autrice m’a très agréablement surprise sur ce point.

Le travail éditorial est aussi d’excellente qualité, puisque le livre est rempli d’illustrations qui interagissent directement avec le texte et contribuent à mettre en avant le travail de l’autrice sur les mots. Le résultat est un texte très agréable à lire, où la surprise nous guette à chaque tournant de page !

Quant à l’histoire en elle-même, c’est encore une réussite. Suivant le schéma classique d’un roman policier, où un meurtre initial emmène les protagonistes sur la piste de quelque chose de bien plus gros, ce roman propose une intrigue pleine de péripéties et de rebondissements qui tiennent en haleine. J’ai aussi apprécié les personnages, hauts en couleurs et pourtant très nuancés. J’ai particulièrement aimé suivre Ernest, frère de l’héroïne, que j’ai trouvé touchant et dont j’ai aimé suivre l’évolution.

Pour moi, ce roman coche toutes les cases d’une excellente découverte : un livre incroyable à parcourir, au ton léger et à l’univers travaillé ! Il plaira tout particulièrement aux plus grands, qui chercheront entre les lignes les clins d’œils adressés à leurs souvenirs de vieilles leçons de français…

Le Chien du Forgeron : quand l’animal fait la légende…

Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.
Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête à vous narrer n’est pas celle que chantent les bardes. Elle n’est pas celle que l’on se raconte l’hiver au coin du feu. J’en vois parmi vous qui chuchotent, qui hésitent, qui pensent que je cherche à écorner l’image d’un grand homme. Pourtant vous entendrez ce soir l’histoire du Chien. L’histoire derrière la légende. L’homme derrière le mythe.
Approchez, approchez ! Venez écouter le dernier récit d’un homme qui parle trop…
~ Le Chien du Forgeron, de Camille Leboulanger – Argyll
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Qu’il est bon de se lancer dans une lecture sans rien savoir de ce qu’on va y trouver… Pour celle-ci, j’y suis allée juste pour sa sublime couverture et quelques mots-clés glanés dans le résumé au dos, et je n’ai pas été déçue !

Il s’agit d’un récit particulièrement déroutant. Racontée par la voix de celui qui l’a connu dans l’ombre (et dont on apprendra peu à peu l’identité), on découvre ici l’histoire du Chien du Forgeron, de sa naissance à sa mort, de son premier nom à celui qui fit sa légende. C’est un style de narration que j’aime beaucoup, celle du personnage qui, à l’occasion d’une veillée, se met à conter à son auditoire auquel est intégré le lecteur ; et dans ce roman-ci j’ai été particulièrement happée par le conteur et par son histoire.

D’ailleurs, tout au long du récit, ce conteur ne cache pas son désamour pour celui dont il conte la légende : ce récit n’est pas fait pour être une légende. Ce n’est pas l’épique destin d’un homme légendaire, ni la tragique destinée d’un anti-héros déchu. Ça n’est pas même « l’histoire derrière la légende », comme on présente souvent les côtés plus sombres d’un personnage. C’est la réelle déconstruction du mythe : le Chien du Forgeron n’a pas une once de bien en lui, mais une animalité féroce, qui ne laisse que peu de place à l’humain.

Au fil du roman, on observe donc le déchaînement de cette bête furieuse. Peut-elle se lier à celles et ceux qui l’entourent ? Détient-elle autre chose que douleur et destruction ? A-t-elle réellement une place dans ce monde ? Dans la narration en elle-même, peut de choses autres que les faits sont racontés, et l’histoire avance parfois plutôt vite. Mais ce roman amène à questionner beaucoup de choses, à lire entre les lignes, à prendre du temps dans sa lecture. Et s’il demeure impossible de s’attacher à ce personnage, j’ai quand même versé une larmichette à la fin…

Je savais vaguement que Cúchulainn, le Chien du Forgeron, était un personnage de la mythologie celtique. Je pensais aller me renseigner davantage sur lui pour étoffer ma lecture, mais ce fut une expérience si singulière que je n’ai pas voulu m’en détourner l’esprit. Je vous la conseille vivement si vous cherchez des romans qui déroutent, et je suis comme d’habitude curieuse d’avoir vos retours si vous tentez l’expérience !

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Inspirations concises

Suivre la piste des Dragons oubliés avec des étoiles dans les yeux

À la recherche des dragons oubliés Élian Black’Mor, arpenteur de mondes et grand voyageur, entreprend de retrouver la trace de ces créatures de légende que sont les dragons. De la Bretagne au Pays de Galles, de Paris à la Scandinavie et jusqu’à Saïgon, il parcourt le globe, visite des lieux extraordinaires chargés de mythologie, rencontre des personnages étranges. Entre effroi et fascination, il observe le comportement de ces êtres fabuleux et en étudie les particularités.
Partagez les découvertes de cet explorateur hors du commun à travers des carnets de voyage plus vrais que nature. Annotations, croquis, cartes, clichés photographiques… tout y est pour plonger le lecteur dans une quête unique empreinte de merveilleux et d’imaginaire. Vous aussi, partez sur la piste des dragons oubliés, vous ne serez pas déçu du voyage…
~ Sur la piste des Dragons oubliés, d’Elian Black’Mor et Carine M – Glénat
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Parfois, il peut arriver qu’en un regard, en une fraction de seconde, on sache avec certitude qu’on se trouve en face d’une véritable pépite. C’est ce qui m’est arrivé dès j’ai vu celui-ci sur les rayonnages : un véritable coup de foudre. Il est rentré à la maison avec moi, je l’ai lu… Et ce fut en effet une expérience extraordinaire.

J’ai déjà lu des romans « carnet de voyage », retraçant à date et heures données des voyages fabuleux. Certains présentent uniquement du texte, d’autres incluent plus ou moins d’illustrations entre les paragraphes… Celui-ci est un vrai carnet de voyage. Si l’on se prend à croire que les dragons existent (que personne n’ose me contredire là-dessus), il pourrait s’agir d’un authentique compte-rendu de l’aventurier Elian Black’Mor des rencontres de ces mythiques créatures. Chaque page présente une mise en page différente, mêlant notes manuscrites, croquis, dessins plus travaillés, tickets de voyage et autres. On retrouve même un certain nombre d’ellipses temporelles inexpliquées, entrecoupées d’anecdotes plus ou moins importantes : il arrive que l’aventurier trouve le temps de noter ce qui lui passe par la tête, puis ne puisse plus toucher à son carnet pendant des jours…

Cet aspect très réaliste du format accentue d’autant plus l’émerveillement de chaque dragon croisé de loin ou de près. Puisqu’on est au cœur du voyage, on se tient nous aussi tout près de l’un d’entre eux alors qu’il s’abreuve, tandis qu’un autre nous passe en planant au-dessus de la tête… Et même sans eux, les paysages traversés, les ambiances particulières, du Grand Nord aux confins de l’Asie, sont autant de raisons de plonger tête la première dans cette aventure.

Cet ouvrage est une pépite : le récit transporte et enchante, et l’objet-livre en lui-même est absolument sublime ; chaque page mérite que l’on s’y attarde un peu, juste un peu plus…

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Inspirations vagabondes

Rencontre déroutante sur le pas de La Porte

« C’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. »
La Porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredás, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tout les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle. Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile. Quels secrets se cachent derrière la porte ?
~ La Porte, de Magda Szabó – Le Livre de Poche
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Si je devais ne décrire ce livre qu’avec un seul mot, je dirais qu’il est profondément déconcertant. Je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas, mais ce fut sans aucun doute une expérience toute particulière !

Avant toute chose, c’est le style qui déroute. Composé de juxtapositions de phrases courtes, simples, tournées à la première personne du singulier, il donne une impression de flot continu de la pensée, comme si la narratrice nous transmettait son témoignage sans filtre ni détour. La sensation à la lecture est assez étrange : on a l’impression d’être en même temps plongés dans l’intimité du personnage et témoins détachés des événements.

Face à ces événements d’ailleurs, la narratrice elle-même paraît complètement en retrait : le centre de l’histoire, le cœur du livre, c’est Emerence. Femme de ménage, gouvernante, tantôt si ignare et tantôt sage, Emerence est un personnage qu’on ne rencontre probablement qu’une fois dans sa vie de lecteur. Avec une force de caractère et une ténacité toute particulières, elle parvient à s’occuper de tous en tenant le monde entier hors de son existence, devant le pas de sa porte. Petit à petit, elle fera de la narratrice le centre de son propre monde, dans une relation dont elle seule connaît les règles

Au fil de l’évolution de cette relation, le récit amène à se questionner sur cette frontière ambigüe entre amour et haine, avec la dépendance quelque part entre les deux, sur l’importance de ce que l’on partage et de ce que l’on garde pour soi, sur le mal que l’on peut faire en ne voulant que le bien… Régulièrement au long de ma lecture, je me suis demandée pourquoi je le continuais, pourquoi je poursuivais cette lecture dont je ne comprenais pas les personnages. Pourtant, page après page, Emerence s’est obstinée à me fasciner, et en refermant ce livre j’ai compris que, bonne ou mauvaise, cette lecture a la capacité de faire bouger quelque chose en chacun de nous.

Si jamais vous avez l’occasion, tentez donc cette expérience de lecture si particulière, je serai vraiment curieuse d’en discuter avec vous !