Le Livre (addictif mais pas si fou) des Baltimore

Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
~ Le Livre des Baltimore, de Joël Dicker – Éditions de Fallois (poche)
>> fiche livraddict

Des fois, il arrive que je sorte de cette douce bulle qu’est la SFFF. Cette fois-ci, il me fallait quelque chose de léger, addictif, quelque chose d’assez peu complexe qui ne serait pas pénalisé par un rythme de lecture fractionné et peu régulier : il me fallait une lecture de vacances.

Comme j’avais beaucoup aimé le best-seller de Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, j’ai pensé que le suivant pourrait convenir à mon envie du moment. Effectivement, il s’est très bien lu, à l’occasion d’une dizaine de jours aux emplois du temps bien chargés : le style est fluide, les pages se dévorent et l’histoire avance à un rythme suffisamment soutenu pour que chaque mini-session de lecture soit intéressante.

Et pourtant, je n’ai pas été aussi emballée que par le précédent. Alors que ce récit est beaucoup plus personnel pour le narrateur, j’ai beaucoup moins accroché avec ce personnage, assez peu charismatique et moyennement sympathique. Quant à l’histoire, je l’ai trouvée peu palpitante… Si l’objectif était de montrer les secrets d’une famille ordinaire, peut-être était-elle trop ordinaire ? Certes, les tensions sont là, mais elles ont un air d’exagération qui rend le dénouement final forcé, sorti de nulle part et peu réaliste. Avec un léger arrière-goût de « Tout ça pour ça ? ».

J’ai beau pointer du doigt les aspects qui m’ont moins plu, je l’ai quand même dévoré, et j’y retournais bien volontiers à chaque session de lecture : au final, ce livre m’a quand même fourni ce que je lui demandais !

Et vous, vous avez déjà fait l’expérience d’une lecture pas si folle mais qui correspondait parfaitement à ce qu’il vous fallait sur le moment ? Qu’est-ce que vous préférez emporter avec vous pour vos lectures de vacances ?

De pierre et d’os, un voyage aux confins du monde

Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.
~ De pierre et d’os, de Bérengère Cournut – Le Tripode
>> fiche livraddict

Quand j’ai rencontré ce livre en librairie, je n’en avais jamais entendu parler. Mais le titre, la couverture, le résumé m’ont interpelée, et le livre est rentré à la maison avec moi…

C’est un roman court donc il a été lu assez rapidement, mais j’avoue que je ne saurais pas vraiment dire s’il m’a happée ou non. Si j’ai beaucoup aimé certains éléments, il a semblé manquer quelque chose pour que je sois complètement emportée par ce récit…

Tout d’abord, c’est le style qui marque : très factuel, très « froid », il énonce les choses comme elles sont et ne cherche pas à enjoliver ni à broder autour. Il plonge dans une atmosphère très particulière, bel écho des grandes étendues blanches du Grand Nord où le moindre son brise le silence, le moindre mouvement fait revenir la vie dans un paysage immobile. Paradoxalement, il permet assez facilement d’entrer dans l’intimité du personnage que l’on suit : on se prend d’affection pour cette jeune femme honnête et franche, que les événements n’épargnent pas mais qui sait toujours faire face.

Par moments, le récit se fait plus lyrique, alors que le spirituel prend le pas sur le quotidien. Les deux sont toujours intimement liés l’un et l’autre, et cette narration si particulière brouille les frontières entre le monde réel et celui des esprits. J’ai été touchée par cette vision du monde, où la nature est reine et où brille toujours une petite lueur de magie…

Au final, je ne saurais pas dire ce qui n’a pas fonctionné, mais au-delà de cette lecture objectivement agréable, je n’ai malheureusement pas été transportée… Peut-être ce récit manquait-il trop d’émotions ? Peut-être m’attendais-je à quelque chose de différent ? Je regrette d’être passée un peu à côté de cette lecture : je l’ai pourtant en partie appréciée, et je reconnais volontiers que c’est un très beau texte !

Elle et son chat : tant d’amour dans une petite boule de poils

Chobi savoure sa vie de chat auprès de la maîtresse qui l’a recueilli, une jeune femme connaissant à la fois les avantages de l’indépendance et les affres de la solitude. Les yeux du félin assistent à ce quotidien qui s’écoule lentement, oscillant entre moments chaleureux et moments teintés d’amertume, entre jours de soleil et jours de pluie.
~ Elle et son chat, de Makoto Shinkai et Yamaguchi Tsubasa – Éditions Pika
>> fiche livraddict

Qu’il est bon de faire une pause, juste quelques instants, juste pour profiter de la douceur du moment présent… Ce court manga, tome unique, est une vraie bulle d’air qui nous transporte tout en douceur loin, si loin de la froideur du monde !

Ce court récit est raconté au travers des yeux de Chobi, chaton adopté par son humaine un soir de pluie, alors qu’il avait été abandonné dans un carton : la narration est donc très particulière, parce qu’on s’attache très fort à cette jeune fille dès le début, sans vraiment savoir grand chose de sa situation (mis à part le fait qu’elle vivrait une période assez sombre de sa vie). À travers différentes scènes de vie, qui suivent paisiblement le rythme des saisons, on découvre peu à peu le quotidien de la jeune fille et de son chat, leurs habitudes, leurs joies et leurs peines partagées…

Il n’y a pas grand chose de plus que ça, finalement, et pourtant ç’a été suffisant pour me toucher droit au cœur. Ce récit est en réalité la déclaration d’amour d’un chat pour son humaine : il ne la comprend pas toujours, ne sait pas forcément ce qu’elle fait quand elle est dehors, mais elle est le centre de son univers et il l’aime inconditionnellement. Est-ce exagérer que de prêter à nos boules de poils de tels sentiments ? Peut-être, mais ça fait du bien de s’imaginer qu’ils nous aiment autant que nous les aimons !

Côté graphismes, je les ai trouvés agréables, fins et délicats. J’ai entre autres beaucoup aimé la manière dont est représenté Chobi : autant quand il « occupe le décor » (on a tou.te.s connu un chat se camoufler en plante verte) que lorsqu’il se blottit contre son humaine, j’ai trouvé son attitude très bien retranscrite, avec beaucoup de réalisme.

Ce récit existe également sous forme de roman et de court-métrage, et j’aimerais beaucoup découvrir ces autres versions. Quoi qu’il en soit, cette version manga me laissera un très beau souvenir, rempli de douceur et d’amour…

Rendez-vous au chalet des cœurs oubliés : la romance de Noël qui va bien

La première fois que Nicolas a rencontré Louise, il l’a prise pour une folle furieuse qui essayait de voler les bocaux de cornichons dans son Caddie.
La deuxième fois que Nicolas a vu Louise, il venait de défoncer la porte des toilettes pour hommes dans lesquelles elle était enfermée.
Clairement, Louise n’a rien à voir avec les femmes qu’il fréquente habituellement, lorsqu’il profite de son aura de célèbre guitariste de rock pour tromper la solitude de ses nuits. Éternelle optimiste, gourmande propriétaire d’une chocolaterie, elle est aussi une passionnée – limite obsessionnelle – de Noël. Sauf que lui déteste Noël. Et qu’il s’est laissé embarquer dans le rôle du faux petit ami de Louise pour faire enrager l’ex de cette dernière. Dès lors, Nicolas n’a qu’une seule certitude : ces vacances de fin d’année à la montagne promettent d’être tout sauf reposantes…
~ Rendez-vous au chalet des cœurs oubliés, d’Emily Blaine – Éditions Harlequin
>> fiche livraddict

Je ne suis globalement pas une adepte de romance, et il m’arrive même régulièrement de lever les yeux aux ciels quand les amourettes prennent un peu trop de place à mon goût dans un récit. Mais quand Noël approche, depuis quelques années, je suis prise d’une irrésistible et inexplicable envie de romances de Noël…

Avec celle-ci, j’ai été servie ! La neige épaisse qui tombe tout au long du roman et la passion dévorante de la protagoniste pour les décorations pailletées et l’ambiance festive donnent au roman un véritable esprit de Noël et une atmosphère hivernale des plus douillettes.

Dans ce récit, on suit de manière alternée les deux personnages principaux, Louise et Nicolas. Peu consommatrice de romances en général, c’est une construction que je n’avais pas encore rencontrée dans ce genre et que j’ai plutôt appréciée : exit les quiproquos et le manque de communication, les embrouilles ne durent pas puisqu’on suit vraiment en parallèle les sentiments des deux protagonistes. Attention gros spoil (haha) : tous les deux se rendent comptent très tôt qu’ils s’apprécient, et on les voit se tourner autour tout au long du roman, trépignant d’impatience pour le moment où, enfin, ils vont s’avouer leur amour…

Si je devais chercher la petite bête, je pourrais être un chouïa déçue par la dernière partie. Jusqu’à la grande déclaration, Louise et Nicolas sont adorables ensemble, à se taquiner, se chamailler, et passer clairement des moments agréables l’un avec l’autre, à rire et discuter. Mais passée la déclaration, j’ai eu le sentiment que leur attachement est subitement devenu avant tout physique, et de les voir vouloir rester ensemble davantage pour partager des nuits peu vêtus que des journées de fous rires et de moments tendres, ce qui est pourtant ce qui les a rapprochés…

Je chipote, mais j’ai en réalité passé un très bon moment avec cette lecture, légère, rapide, douillette, et Noëlesque à souhait. Si vous cherchez de quoi occuper les quelques jours avant Noël, Rendez-vous au chalet des cœurs oubliés saura combler vos attentes !

La Vie invisible d’Addie Larue : celle qui marqua sans laisser de traces…

Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route.
Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ?
~ La Vie invisible d’Addie Larue, de Victoria E. Schwab – Lumen
>> fiche livraddict

Oui, ce roman m’a marquée. Profondément touchée. Émerveillée, émue. Oui, j’y repense régulièrement depuis que je l’ai terminé. Oui, c’est un coup de cœur.

Ce roman, ça n’est pas vraiment une histoire, avec des rebondissements et des retournements de situation, une quête à accomplir ou un but à atteindre. C’est le récit d’une existence, celle d’Addie Larue. Le rythme est plutôt lent, presque contemplatif, tandis qu’on suit des épisodes épars de la vie d’Adeline, au fil des trois siècles de sa vie. Plutôt que d’insister sur la Grande Histoire, l’autrice a préféré peaufiner les ambiances de chaque période traversée : les odeurs, les sons, les vêtements, les foules… Je m’y suis crue, plongée avec Adeline au cœur du passé.

Je me suis d’ailleurs beaucoup attachée à ce personnage. Elle est toute en nuances, parfois forte, têtue face au diable qui l’a piégée, tantôt prête à craquer pour tout laisser tomber. J’ai aimé la voir évoluer, se faire une place dans ce monde où elle n’existe pas, apprendre à ne plus regretter ses erreurs ou son passé. Le diable aussi est très nuancé, oscillant entre menace et séduction, divinité et humanité. C’est en réalité le récit d’une relation étrange, dont on suit la lente évolution, jusqu’à la sensationnelle fin (qui m’a bouleversée).

Dans ce roman, derrière le récit, il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas : la présence aussi importante de l’art. Il n’est jamais mis en avant, jamais central dans les événements, mais il est pourtant toujours présent, comme un fil rouge en arrière-plan : si Adeline ne peut laisser de traces sur le monde, elle peut néanmoins laisser des idées… Peu à peu, elle parvient à s’infiltrer dans les esprits de ceux qui, peintres, musiciens, artistes, ont puisé leur inspiration dans cette source mystérieuse. Je garde également un souvenir émerveillé d’une scène où les personnages visitent une installation artistique, que l’autrice a décrite d’une telle manière que j’en ai été profondément émue…

La vie invisible d’Addie Larue, c’est un pavé, au rythme plutôt lent, mais que j’ai dévoré. Ce fut un coup de cœur dont je me souviendrai encore longtemps, et que je conseille chaudement à tout.e lecteur.rice qui aurait envie d’une lecture aussi unique qu’inoubliable…

Avec toi, les rêves fleurissent sous la neige : âmes sensibles prenez garde

Mes amis, mes amours, et toi.
Eve sait que ça ressemble au scénario d’un téléfilm romantique, mais c’est pourtant la vérité : cela fait des années qu’elle aime en secret Ed, l’un de ses amis. Certes, il est aujourd’hui en couple, mais elle reste persuadée qu’ils sont destinés à être ensemble. Du moins, elle l’était, jusqu’à ce que sa meilleure amie, Susie, décède dans un accident. Du jour au lendemain, ce drame fait imploser leur groupe d’amis si soudé, révélant des secrets enfouis qui montrent Ed, Susie et les autres sous un nouveau jour. Eve ne sait plus à qui se fier. Le seul qui reste égal à lui-même, c’est Finlay, le frère de Susie : même après des années d’absence, il est toujours aussi distant, antipathique et… séduisant. Et, lorsqu’elle se trouve embarquée avec lui dans un road-trip à travers l’Écosse, Eve découvre de toutes nouvelles facettes qu’elle n’avait pas soupçonnées…
~ Avec toi, les rêves fleurissent sous la neige, de Mhairi McFarlane – Éditions Harlequin
>> fiche livraddict

S’il y a une période de l’année où je me plonge avec délice dans des romances bien nunuches, remplies de guimauve et de bons sentiments, c’est bien la période de Noël. Cette année, j’ai pu commencer avec cette romance lue pour NetGalley, et qui n’a pas vraiment été ce à quoi je m’attendais…

La couverture comme le résumé promettent une belle histoire toute douce et bien « noëlesque » : si je me suis satisfaite de l’ambiance pas si hivernale que ça, j’ai surtout été très déconcertée par la première partie du roman, qui n’est pas légère du tout. Du tout. On y suit Eve, protagoniste principale, malheureuse en amour, qui perd sa meilleure amie de toujours de manière soudaine et violente. L’escapade libératrice mentionnée dans le résumé n’arrivant qu’à plus de la moitié du récit, on suit donc pendant longtemps, et de manière pesante, le deuil d’Eve et la douleur provoquée par la découverte d’un secret assez lourd. J’ai pour ma part été happée, touchée, et cette première partie m’a plombé le moral bien comme il faut…

Après une pause, le temps de digérer cette première partie et de m’en détacher un peu, je suis revenue à cette lecture et j’ai pu pleinement apprécier la suite qui, elle, avait tout de la romance légère à laquelle je m’attendais ! Finalement, l’hiver et Noël ont peut d’importance ici, mais la romance est douce, les personnages sont drôles et touchants, et j’ai fondu à chacun de leurs échanges. J’ai notamment apprécié le personnage masculin, peu sympathique au départ, mais qui parle de bon gré de sentiments, évitant de fait le ressort inutile et un peu lourd du quiproquo. Et petit bonus : la visite d’Édimbourg, un arrière-plan qui fait toujours plaisir…

Outre cette petite romance « ennemies to lovers », j’ai été touchée par le groupe d’amis très proches formé par les protagonistes. Certes, il s’avère que quelques secrets s’y cachaient, mais les quatre (trois…) personnages sont très soudés, tiennent énormément les uns aux autres et se soutiennent les uns les autres, et ça fait plaisir à voir !

Au final, j’ai passé une très bonne lecture, et j’ai eu ma romance hivernale « doudou ». Par contre, cœurs sensibles, passez rapidement sur la première partie, très (trop) bien faite… Et vous, quelle est votre incontournable parmi les romances de Noël ? Est-ce que c’est un genre de lecture qui vous plaît ?

Rencontre déroutante sur le pas de La Porte

« C’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. »
La Porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredás, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tout les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle. Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile. Quels secrets se cachent derrière la porte ?
~ La Porte, de Magda Szabó – Le Livre de Poche
>> fiche livraddict

Si je devais ne décrire ce livre qu’avec un seul mot, je dirais qu’il est profondément déconcertant. Je ne saurais dire si j’ai aimé ou pas, mais ce fut sans aucun doute une expérience toute particulière !

Avant toute chose, c’est le style qui déroute. Composé de juxtapositions de phrases courtes, simples, tournées à la première personne du singulier, il donne une impression de flot continu de la pensée, comme si la narratrice nous transmettait son témoignage sans filtre ni détour. La sensation à la lecture est assez étrange : on a l’impression d’être en même temps plongés dans l’intimité du personnage et témoins détachés des événements.

Face à ces événements d’ailleurs, la narratrice elle-même paraît complètement en retrait : le centre de l’histoire, le cœur du livre, c’est Emerence. Femme de ménage, gouvernante, tantôt si ignare et tantôt sage, Emerence est un personnage qu’on ne rencontre probablement qu’une fois dans sa vie de lecteur. Avec une force de caractère et une ténacité toute particulières, elle parvient à s’occuper de tous en tenant le monde entier hors de son existence, devant le pas de sa porte. Petit à petit, elle fera de la narratrice le centre de son propre monde, dans une relation dont elle seule connaît les règles

Au fil de l’évolution de cette relation, le récit amène à se questionner sur cette frontière ambigüe entre amour et haine, avec la dépendance quelque part entre les deux, sur l’importance de ce que l’on partage et de ce que l’on garde pour soi, sur le mal que l’on peut faire en ne voulant que le bien… Régulièrement au long de ma lecture, je me suis demandée pourquoi je le continuais, pourquoi je poursuivais cette lecture dont je ne comprenais pas les personnages. Pourtant, page après page, Emerence s’est obstinée à me fasciner, et en refermant ce livre j’ai compris que, bonne ou mauvaise, cette lecture a la capacité de faire bouger quelque chose en chacun de nous.

Si jamais vous avez l’occasion, tentez donc cette expérience de lecture si particulière, je serai vraiment curieuse d’en discuter avec vous !

Le moineau rouge : espionnage et sauce tomate

Alors que la Russie de Poutine devient de plus en plus inquiétante pour les Occidentaux, Nate Nash travaille à Moscou pour la CIA. Il est le contact privilégié d’une taupe ultra-secrète du SVR, héritier du KGB. Connu sous le nom de MARBRE, ce haut dignitaire renseigne les Américains depuis une dizaine d’années. Après un incident, la couverture de Nate est mise à mal. Il est exfiltré vers Helsinki et Dominika, une espionne russe, est envoyée pour le piéger. Trahisons, manipulations, secrets, mensonges : un jeu dangereux se met en place entre Dominika et Nate, où vie sentimentale et professionnelle ont vite fait de se confondre. Avec, à la clé, l’identité de MARBRE. La tempête ne tarde pas à souffler entre Moscou et Washington, jusqu’à un dénouement totalement imprévisible.
~ Le moineau rouge, de Jason Matthews – Éditions Points
>> fiche livraddict

D’ordinaire pas forcément attirée par ce genre de récits, j’ai eu cette fois-ci la subite envie d’histoires d’espionnage. Dans ces cas-là, quoi de mieux que Le Moineau rouge ?

Avant tout, j’ai adoré l’ambiance qui traverse le roman : de l’espionnage, du contre-espionnage, du contre-contre espionnage, des secrets et des complots… Il n’y a pas eu autant d’action que ce à quoi je m’attendais, mais l’atmosphère dont j’avais envie était là, et il ne m’en a pas fallu plus ! Même si c’est un sujet devenu très « cliché », j’ai beaucoup aimé débrancher mon cerveau et suivre ce duel Russie-USA, où chacun se débrouille pour être plus intelligent que l’autre, jusqu’au prochain retournement de situation…

J’ai aussi adoré le personnage de Dominika, très intrigante, fascinante, y compris pour le lecteur à qui ses pensées ne sont pas toujours ouvertes… Elle m’a touchée par son envie de vivre dans l’action, dans l’espionnage, et son combat pour rester libre d’elle-même malgré tout. Son « pouvoir » pourrait apparaître comme un subterfuge de l’auteur pour faciliter les choses, je l’ai au contraire plutôt bien apprécié : il était bien intégré à la narration et n’apportait que ce qu’il fallait d’éléments à Dominika pour l’avancée des événements – et en plus, pour le coup, c’était original !

Je me suis aussi beaucoup attachée à Nate et Gable. Pour ce qui est du reste des personnages, je les ai trouvés bien construits, mais il y en avait quand même beaucoup… Et c’est peut-être le petit bémol pour moi : dans ce récit, il y a énormément de noms, de services spécifiques (aussi bien chez les Russes que chez les Américains), d’acronymes… Bien sûr, ça rend le récit d’autant plus crédible, mais ça complique aussi légèrement la lecture, quand il faut à chaque fois reprendre rapidement ses repères en début de séance de lecture. Par contre, les mini-recettes en fin de chapitre sont un petit plus agréable, d’autant plus qu’il s’agit souvent de plats très typiques de certaines cultures : ça donne des idées, et ça donne envie de tester !

Maintenant, il ne me reste plus qu’à voir le film qui en a été adapté ! En tout cas, je recommande chaudement ce roman à toute personne qui a une subite envie d’histoires d’espionnage : bon moment assuré !

La Chambre aux papillons : « meh »…

Dans la campagne de Suffolk, Admiral House trône. C’est la maison de famille de Posy Montague, l’endroit où elle a passé son enfance à courir après les papillons avec son père, avant d’y élever ses propres enfants. À près de 70 ans, elle doit pourtant se résoudre à se séparer de cette demeure qui a abrité ses plus grandes joies et ses plus grandes peines. Mais la réapparition soudaine de Freddie, son amour de jeunesse qui lui a brisé le cœur cinquante ans auparavant, va tout bouleverser. Car il se pourrait bien qu’Admiral House n’ait pas encore révélé tous ses secrets…
~ La Chambre aux papillons, de Lucinda Riley – Éditions Charleston (lu en numérique)
>> fiche livraddict

Ce livre avait tout pour répondre à une cruelle envie d’histoire familiale, saupoudrée d’une part de mystère et enrobée d’une ambiance douce et tranquille. Et finalement, j’ai eu ce que je voulais. Mais…

Mon enthousiasme été énormément freiné par le style d’écriture. Moyen dès le départ ? Défaut de traduction ? Toujours est-il que j’ai trouvé que les dialogues sonnaient faux, davantage « écrits dans un livre » que réellement prononcés par des personnages qui existent réellement, quelque part dans un univers fictif. Les tournures de phrases n’étaient pas naturelles, et j’ai eu l’impression d’avoir un filtre de papier entre les personnages et moi tout au long du livre, je suivais les événements de loin…

Pour autant, l’histoire en elle-même n’est pas déplaisante. On suit différents personnages liés les uns aux autres, avec chacun leurs problèmes et la capacité d’aider les autres. Mais là encore, il y a un bémol : j’ai trouvé que la construction des personnages et des événements sonnaient creux, manquaient presque de finesse. Chaque personnage est défini par quelques adjectifs principaux et manque de nuance, les événements arrivent surtout parce que l’autrice a décidé qu’il en serait ainsi, sans réelle justification… Parfois, j’ai même eu un sentiment de « toujours plus », avec des péripéties dramatiques pas forcément nécessaires à mon goût.

Je suis quand même allée jusqu’au bout, et j’ai quand même passé un moment plutôt agréable. Au final, ce sont ces petits défauts qui ont duré dans la longueur qui ont fait que je n’ai pas réussi à entrer pleinement dans l’histoire. Pourtant, ce roman plaît à beaucoup, n’hésitez donc pas à vous faire votre propre avis !